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11.12.2006
Chacun cherche son rat
Non, cet article ne parle pas du premier Klapisch mais bien du dernier Scorsese, The Departed, « traduit » en français par Les Infiltrés. Si je dis « traduit » et non traduit c’est tout simplement parce qu’il s’agit d’une adaptation et non d’une traduction, le titre français met en avant le noeud de l’histoire, à savoir les destins croisés de 2 flics de Boston, l’un infiltré dans la mafia et l’autre infiltré pour la mafia dans la police. Le titre anglais est plus symbolique dans la mesure ou il renvoie aux nombreuses oraisons funèbres qui parsèment le film et ou le prêtre (catholique irlandais, Boston oblige), rend hommage aux « faithfull departed ». Pour faire la synthèse des deux titres, c’est un film ou on s’infiltre beaucoup, ou on ment énormément et ou on meurt pas mal.
Je préfère mettre fin au suspens tout de suite, j’ai adoré, c’est sans doute le meilleur film que j’ai vu en 2006, en même temps, avec 9 mois de Vietnam en 2006, j’ai pas vu des masses de films au ciné, mais bon, tout de même. L’embêtant c’est que j’ai tellement aimé que je ne sais pas par quoi commencer. Les acteurs sont très bien, Nicholson est même formidable, les dialogues sont très solides, on voit pas mal cette ville ou j’ai quand même passé un an, l’intrigue est simple mais son traitement est complexe, Scorsese sait a peu près comment réaliser un film de gangsters,... Un sans faute je vous dit, y’a même un morceau des Dropkick Murphys dans la BO, c’est dire !
Parlons de Boston pour commencer, Scorsese se sert d’un symbole fort, la State House du Massachusetts et particulièrement son dôme doré. Le personnage ambitieux de Matt Damon emménage dans un appart avec vu sur ce dôme qui l’hypnotise et l’attire tel un Rastignac du Bay State (attention pour les éventuels lecteurs qui n’auraient pas l’habitude de subir mes radotages permanents sur le Nord-Est des Etats-Unis, sachez que j’ai vécu 9 mois à Boston, et que le Bay State est le surnom du Massachusetts). Le parrain Jack Nicholson dessine le même dôme sur une nappe de restaurant, le bâtiment est alors dévoré par des rats. Enfin le dernier plan du film nous place dans l’appart de Damon, devant la fenêtre donnant sur le même dôme alors qu’un rat traverse paresseusement le cadre. On pourra juger le symbole simpliste, la corruption du pouvoir, l’ambition, l’apparence de pureté,... Je voudrais juste rappeler qu’en anglais un mouchard se dit « rat » (le terme est suffisamment mentionné dans le film), et surtout que dans le film, des « rats » y’en a des deux cotés de la loi, pas si simpliste que ça donc,...
Autre aspect bostonien, plus anecdotique mais plus amusant aussi : l’accent ! Les accents plutôt, l’accent irlandais d’une part et l’accent bostonien d’autre part ! Ce dernier est plutôt convaincant dans le film, les acteurs laissant traîner leurs voyelles, supprimant leurs r (« get in the cah », « I met him in the paak ») et en mâchonnant toutes leurs consonnes (Washington Street devient Wahinhon Steeht). C’est marginal mais ça fait couleur locale au même titre que les cornemuses jouant aux enterrements de flics ou les clam showders que s’enfilent les mafieux.
Jack Nicholson a expliqué que ce qui l’a poussé à accepter le rôle de Franck Costello, le parrain de South Boston, c’est d’avoir enchaîné les comédies durant les dernières années. Il voulait donc retrouver les rôles de méchants ou il excellait (Shining, Batman, a Few Good Men,...), pari réussi, Costello est une délectable ordure, sans scrupules, sans pitié, sans morale et avec un sens de l’humour aussi noir que son âme. Après avoir exécuté la femme d’un rival il déclare, un sourire amusé aux lèvres « She fell funny,... ». Plus tard, alors qu’il cherche son rat, on le verra émerger d’une arrière salle de bar la chemise blanche tachée de sang et l’air de rien. Il a des hobbies amusants comme persécuter le clergé, pourchasser les mafiosi italiens de Providence qui squattent son territoire, faire sniffer de la coke à ses amis (« Don’t stop until you get numb ! ») et dispenser quelques phrases définitives sur la vie, la mort et la manière de se conduire entre les deux. Costello s’inscrit donc dans la lignée des gangsters philosophes du cinéma américain au même titre que Tony Montana, Henry Hill ou Michael Corleone, à la différence près que lui cite Joyce, le contexte, je vous dis, le contexte,...
« When you decide to be something, you can be it. That's what they don't tell you in the church. When I was your age they would say we can become cops, or criminals. Today, what I'm saying to you is this: when you're facing a loaded gun, what's the difference? »
« I don't want to be a product of my environment. I want my environment to be a product of me. Years ago we had the church. That was only a way of saying - we had each other. The Knights of Columbus were real head-breakers; true guineas. They took over their piece of the city. Twenty years after an Irishman couldn't get a fucking job, we had the presidency. May he rest in peace. That's what the niggers don't realize. If I got one thing against the black chappies, it's this - no one gives it to you. You have to take it. »
« Church wants you on your place. Kneel, stand, kneel, stand. If you go for that sort of thing, I don't know what to do for you. A man makes his own way. No one gives it to you. You have to take it. "Non serviam." » (voila la citation de Joyce, qui est en fait une reprise de Milton dans Paradise Lost)
Le film dure quand même 2h30, ce qui, pour les cendrillons de banlieue comme moi, implique une certaine organisation particulière, mais, contrairement aux apparences, ce n’est pas pour vous parler de ma vie (aussi intéressante soit elle) que je mentionne ce détail. Mon point (oui j’ai décidé de ne plus tordre le cou aux expressions anglaises traduites) mon point donc, est que malgré la durée du film, non seulement on ne s’ennuie pas, mais on aimerait que cela dure encore. Je pense que cela est du à la réalisation nerveuse de Scorsese et au fait que la tension ne retombe vraiment jamais, le public est obligé de ressentir les angoisses permanentes des deux infiltrés de chaque coté du miroir. Bien sur, nous ne sommes pas aussi perturbés qu’eux, l’un devient impuissant et l’autre schizophrène, mais le spectateur n’est pas indemne et c’est très bien comme ça. Il faudrait que je trouve le film hongkongais dont The Departed est un remake. J’imagine qu’ils le mettront dans une édition bonus DVD. Il parait que l’original, Internal Affairs, est aussi un excellent film.
Fermons la parenthèse et revenons à la tension du film, 3 scènes reviennent en mémoire, une confrontation qui tourne court sur un toit d’immeuble, une surveillance ratée et une poursuite filature sur le Big Dig. L’amusant est qu’a part dans la troisième de ces scènes, rien ne se passe, du moins rien de ce à quoi on s’attend. Scorsese joue avec nous et nous livre des scènes anticlimatiques qui font bondir notre rythme cardiaque, rendent nos paumes moites et nous font pencher en avant sur le pauvre siège de cinéma (qui en a vu d’autres mais c’est pas une raison). Bravo Martin donc et à ton prochain film, mais surtout rappelle toi :
Nobody gives it to you, you have to take it,....
10:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Scorsese, cinéma, gangsters, Boston
05.12.2006
I wish I was a punk rocker
Etonnant, non et oui en fait. Apres tout, qu’aime-je dans la musique sinon la capacité à transmettre une émotion, une histoire ? Dylan le fait avec ses textes, Bruce avec ses paraboles et les punks avec l’énergie générée par leur musique et leur attitude. Bien sur, en conséquence, le registre d’émotions proposée par ce style musical est plus réduit : rage, haine, révolte, désespoir, rage, abandon, rage, et plus généralement, un sentiment de non amour pour le monde qui est le notre. Ca tombe bien, j’ai d’insoupçonnées réserves de ces sentiments en moi ! Bon, bien cachées certes, mais en moi tout de même.
Qu’est ce que le punk d’abord ? Historiquement, c’est un mouvement apparu à la fin des années 70, porté sur les fonds baptismaux par les Sex Pistols avec Nevermind the Bollocks et God Save the Queen. Le punk original chantait faux et fort et il voulait choquer. La postérité du mouvement a apporté beaucoup pour finalement aboutir à un style intéressant, bien au delà de l’imagerie vomi et épingles à nourrice de Sid Vicious et ses potes. Attention, j’ai le plus grand respect pour les épingles à nourrice et le vomi, je veux juste dire que ce sont des symboles assez basiques. Prenons par exemple God Save the Queen des Sex Pistols :God save the queen
The fascist regime
They made you a moron
Potential H-bomb
God save the queen
She ain't no human being
There is no future
In England's dreaming
Don't be told what you want
Don't be told what you need
There's no future, no future,
No future for you
God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves
God save the queen
'Cause tourists are money
And our figurehead
Is not what she seems
Oh God save history
God save your mad parade
Oh Lord God have mercy
All crimes are paid
When there's no future
How can there be sin
We're the flowers in the dustbin
We're the poison in your human machine
We're the future, you're future
God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves
God save the queen
We mean it man
And there is no future
In England's dreaming
No future, no future,
No future for you
No future, no future,
No future for me
No future, no future,
No future for you
No future, no future
For you
A l’origine, le punk s’inscrit dans un rejet de la scène rock des années 70, jugée trop théâtrale, trop portée sur la débauche d’effets, de moyens, la complexité des mélodies et la recherche des thèmes. Les premiers punks cherchent à revenir vers l’essence du rock en remettant de gros morceaux de rage dans leur musique. Le résultat est un son brut, des accords simples, un look qui choque et des paroles sans détour. Heureusement le mouvement évoluera, principalement grâce aux Clash, un de mes groupes favoris, qui se démarquent des canons originels en ajoutant musicalité et influences diverses au fond commun crée par les Pistols. Les Clash n’hésitent en effet pas à mettre du ska, du rockabilly, du jazz et du reggae dans leur punk et signent avec London Calling en 1979, un des meilleurs albums de tous les temps. Leur but, avoué par le chanteur Joe Strummer, était de garder l’énergie originelle du punk tout en le développant musicalement. Cela donnera des chef d’oeuvre comme London Calling, chanson convoyant des images lancinantes et une impression d’oppression et d’angoisse, ou Rock the Casbah, un exemple de l’influence ska dans la musique des Clash. Dans le même temps, Strummer rajoute de vrais textes, Joey Ramone fait la même chose aux Etats-Unis et le punk devient une vraie musique.
J’aime en particulier deux choses dans le punk, la première c’est London Calling, et la seconde c’est la postérité du mouvement. A la fin des années 80, c’est en reprenant les classiques punks que se forment dans la région de Seattle 4 groupes d’ados, Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et Sonic Youth, on les appelle les Seattle Four et ils viennent de faire apparaître le grunge. De même que la première vague punk était une réponse au glam rock des années 70, le punk s’inscrit en réaction au rock teinté de pop régnant alors sur les ondes US. Même démarche symbolique, et même démarche artistique cherchant avant tout des formes simples et brutes et reposant presque entièrement sur l’énergie des morceaux, une différence toutefois avec leurs aînés. Les punks étaient en colère, le grunge est dépressif. Deux chansons sont à mon avis de bons exemples de ce dépouillement artistique mêlé de débauche énergétique, Smells like Teen Spirit de Nirvana et Alive de Pearl Jam. Autre similitude amusante, au même titre que les Clash, Pearl Jam va apporter une musicalité inédite au mouvement. Au fur et à mesure des albums, il devient évident qu’à la différence de Nirvana, les membres de Pearl Jam savent jouer de leurs instruments, ce qui finalement est assez agréable.
Le punk a donc donné naissance à un second courant contestataire avec le grunge. Cependant, il a aussi une postérité plus consensuelle qui m’intéresse également. Le mouvement punk se veut un mouvement underground, contestataire et en dehors des circuits commerciaux, cela implique que des qu’un group perce et vend quelques albums, il se voit critiqué par les tenants plus purs du mouvement. C’est ce qui s’est passé pour les Clash, accusés d’avoir succombé aux sirènes commerciales. Durant les années 90, ce phénomène est encore plus visible et devient franchement insupportable. De nouveaux groupes émergent en effet de la scène punk underground comme Green Day et obtiennent un succès immédiat. Par dérision les philistins du mouvement les appellent pop punk et les méprisent intensément. La ou les choses se compliquent c’est quand de véritables groupes de pop punk se forment (Good Charlotte, Sum 41) et, évidemment, obtiennent un succès commercial immédiat. A mon avis il est important de distinguer les 2 groupes. Le premier a de véritables racines punk et un intérêt certain, il se trouve juste qu’il vend plus d’albums. Le second groupe n’est pas forcement désagréable à écouter mais n’est pas forcement intéressant, mais surtout il n’a plus rien en commun avec le mouvement punk.
Pour conclure, je voudrais vous parler du meilleur album rock sorti en 2004, qui, par une coïncidence qui tombe vraiment bien du coup, se trouve être un bon exemple de la mouvance punk moderne. Il s’agit du 7ème album de Green Day, American Idiot. American Idiot est un opéra rock qui nous narre l’itinéraire d’un jeune rebelle, Jesus of Suburbia et de son alter ego St Jimmy. La plupart des thèmes traditionnels du punk sont abordés, désespoir, angoisse et plus généralement l’impression de ne pas se reconnaître dans la société américaine et la révolte qui s’ensuit. Par ailleurs, la tradition punk d’engagement politique est également présente, l’album s’attaque à la politique de Bush, notamment la guerre en Irak qui est par exemple le cadre du clip de Wake me up when September ends. Enfin, d’un point de vue musical, on a bien affaire à un groupe de punk, mais de punk évolué ou la rage et l’énergie se mettent au service de la musicalité d’une part et de la narration de l’autre. En effet, en tant qu’opéra rock, American Idiot propose une histoire, et donc des textes à mettre en relation avec la musique, si je n’avais pas peur du pathos je parlerai bien de poésie sombre, mais j’ai peur du pathos. Je vais donc me contenter de prendre les paroles de la seconde chanson de l’album, Jesus of Suburbia, qui en 10 minutes et 5 différents mouvements musicaux, nous présente le héros de l’histoire. Il y’a suffisamment de recherche dans les textes (contrairement à la chanson des Sex Pistols située plus haut) pour vous occuper un moment, le temps que je retrouve mon style qui, je dois bien l’avouer, me déserte depuis 2 mois,...
[Part 1 : Jesus of Suburbia] I'm the son of rage and love
The Jesus of Suburbia
From the bible of none of the above
On a steady diet of soda pop and Ritalin
No one ever died for my sins in hell
As far as I can tell
At least the ones I got away with
And there's nothing wrong with me
This is how I'm supposed to be
In a land of make believe
That don't believe in me
Get my television fix sitting on my crucifix
The living room or my private womb
While the moms and brads are away
To fall in love and fall in debt
To alcohol and cigarettes and Mary Jane
To keep me insane and doing someone else's cocaine
And there's nothing wrong with me
This is how I'm supposed to be
In a land of make believe
That don't believe in me
[Part 2: City Of The Damned]
At the center of the Earth
In the parking lot
Of the 7-11 where I was taught
The motto was just a lie
It says home is where your heart is
But what a shame
Cause everyone's heart
Doesn't beat the same
It's beating out of time
City of the dead
At the end of another lost highway
Signs misleading to nowhere
City of the damned
Lost children with dirty faces today
No one really seems to care
I read the graffiti
In the bathroom stall
Like the holy scriptures of a shopping mall
And so it seemed to confess
It didn't say much
But it only confirmed that
The center of the earth
Is the end of the world
And I could really care less
City of the dead
At the end of another lost highway
Signs misleading to nowhere
City of the damned
Lost children with dirty faces today
No one really seems to careeeeee
[Part 3: I don't care]
I don't care if you don't
I don't care if you don't
I don't care if you don't care
[x4]
I don't careeeeeeeeee
Everyone is so full of shit
Born and raised by hypocrites
Hearts recycled but never saved
From the cradle to the grave
We are the kids of war and peace
From Anaheim to the middle east
We are the stories and disciples
Of the Jesus of suburbia
Land of make believe
That don't believe in me
Land of make believe
And I don't believe
And I don't care!
I don't care! [x4]
[Part 4: Dearly beloved]
Dearly beloved are you listening?
I can't remember a word that you were saying
Are we demented or am I disturbed?
The space that's in between insane and insecure
Oh therapy, can you please fill the void?
Am I retarded or am I just overjoyed
Nobody's perfect and I stand accused
For lack of a better word, and that's my best excuse
[Part 5: Tales of another broken home]
To live and not to breathe
Is to die In tragedy
To run, to run away
To find what you believe
And I leave behind
This hurricane of fucking lies
I lost my faith to this
This town that don't exist
So I run
I run away
To the light of masochist
And I leave behind
This hurricane of fucking lies
And I walked this line
A million and one fucking times
But not this time
I don't feel any shame
I won't apologize
When there ain't nowhere you can go
Running away from pain
When you've been victimized
Tales from another broken home
You're leaving...
You're leaving...
You're leaving...
Ah you're leaving home...
18:55 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : punk, musique, green day, rock

