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19.09.2006
un spectre hante le vieux monde
La distance permet souvent de mieux appréhender certains sujets. Par exemple, lors de mes longs séjours a l’étranger, je porte plus d’attention a ce qui se passe en France que lorsque je suis a Chaville. Je lis plus de presse, plus de sites d’infos, je suis finalement plus au courant de l’actualité que lorsque je me trouve en France. Bref, je suis les événements de plus près lorsque je suis loin.
Ce phénomène, que, après étude, je ne suis pas le seul a expérimenter doit sans doute être du a un réflexe de compensation freudien ou quelque chose de ce genre, mon propos ici n’est pas de l’expliquer. Non, ce que je voudrais faire c’est profiter de ce recul et de mon marquage à la culotte de l’actualité pour revenir sur un des fantasmes français les plus durables, l’anti-américanisme, récemment sorti de sa boite après la visite de Mr Nagy aux Etats-Unis et culminant avec les déclarations de l’antiquaire qualifiant de caniche de Washington le pauvre ministre (on ne peut qu’être fascine par l’originalité et la puissance de la métaphore).
Il s’agit non seulement d’un fantasme durable, mais surtout d’un fantasme protéiforme (j’aime bien ce mot, pas vous ? Ah bon), on y retrouve pêle-mêle l’indépendantisme irréductible gaullien, le nationalisme pur et dur et idiot, l’anti-libéralisme de bon ton gauche caviar, le neo-marxisme des archeos-socialistes (notez l’élégante formulation pour éviter d’avoir a écrire « ce sombre abruti de Mélenchon »), le mouvement anti-mondialisation à bonnet péruvien et pétard apparent et la masse de ceux qui n’y connaissent rien mais qui pensent que dénoncer la barbarie bushienne les fera passer sinon pour des héros, tout du moins pour de fins analystes politiques.
Bien sur ces catégories ne sont pas exclusives les unes des autres, elles ont même pas mal de points communs.
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D’une certaine manière en effet, elles reposent tous sur le même mécanisme qui est un mélange de peur, de jalousie et d’arrogance, le tout baignant dans une profonde ignorance. L’ignorance étant ici le point crucial. Lors de mes (brillantes et néanmoins prestigieuses) études, j’ai entendu plus d’un prophète syndical, membre des jeunesses d’un parti ou de l’autre, et qui, la encore avec une originalité qui leur faisait honneur, lançaient l’anathème sur la société inhumaine d’outre-atlantique : Une société ou que les pauvres et bien ils sont pauvres et les riches ils sont riches et ou Bush il est tout fasciste et ou les gens ils sont racistes et surveillés par le FBI (qui lui aussi est fasciste). Vous ne m’en voudrez pas de me contenter des critiques de politique intérieure, je rentre du déjeuner et je ne voudrais pas aborder la vision du monde des ayatollahs du 7eme arrondissement alors que j’ai encore des nems à digérer.
Etant contrariant de nature, j’ai posé cette question fatidique à ces orateurs de couloirs fanatiques : « Est-tu déjà allé en Amérique ? ». Lorsque la réponse s’est généralement averée être: « C’est pas le problème, de toutes manières tu es un fasciste comme Bush. » mon intuition sur les causes de ces croisades intellectuelles m’est apparue fondée.
Oh, je ne nie pas que je sois un fasciste comme Bush, si tous ces syndicalistes objectifs le disent,… Ce que je conteste par contre, c’est le fait que ça ne soit pas le problème !
Tous ces imprécateurs parlent en effet essentiellement de ce qu’ils ne connaissent pas. Leur Amérique est un fantasme ou se mêlent les relents klaniques et les chapeaux haut de forme d’un Wall Street de vaudeville ou des milliardaires sans cœur détruisent pour le plaisir la vie des humbles travailleurs. Leur Amérique est donc un peu différente de la mienne, de celle ou j’ai vécu pendant presque un an. La ou ils ne décident de voir que les neo-creationnistes, j’ai pu voir les prix Nobel de Harvard et du MIT. Pour chaque minorité opprimée, je pourrais leur montrer un Pho Pasteur, boat people devenu 10eme fortune de Boston. La ou ils hurlent contre Bush, je les convierais aux assemblées de quartier,…
Malheureusement, j’ai du écrire le paragraphe précèdent au conditionnel. Je pourrais en effet leur montrer tout ça, mais il est douteux qu’ils écoutent. Les certitudes sont confortables et la simplicité rassurante. Il existe une idée collective et caricaturale des États-Unis qui peut se décliner à l’infini. Pour chaque sujet d’actualité, un trait fulgurant peut fuser : Un film US cartonne au box-office : c’est une grosse machinerie sans âme destine aux abrutis. Une déclaration de politique étrangère : c’est l’impérialisme américain au service des intérêts capitalistes. Des profits impressionnant d’une entreprise américaine : c’est le reflet d’une politique inhumaine,…
Vouer au gémonies le modèle dominant permet de continuer à croire qu’il est possible de camper sur ses archaïsmes, de ne pas s’ouvrir au monde.
Au final, le vrai ressort de l’anti-américanisme en France est bien la. Il s’agit de cracher au maximum sur ce modèle pour préserver artificiellement l’espoir de conserver nos acquis. Sans forcement nier l’ensemble des critiques adressées au américains (mon propos est avant tout de dire que nous ne sommes pas les mieux placés pour critiquer), je pense qu’il est important de prendre conscience que rejeter en bloc tout ce que leur société représente ne fera certainement pas avancer la notre. Aussi terrifiant et déprimant que cela puisse être, il va bien falloir changer 2 ou 3 choses en France. Commencer par ne pas utiliser le fantasme anti-ricain comme arme électorale comme Villiers agite la Turquie ou le trinitain agite les arabes peut être, en plus d’un incontestable progrès vers l’honnêteté intellectuelle, un pas dans le bon sens.
Je laisserai la conclusion a mon ancien professeur de sciences politiques a Boston. Il m’avait une fois parle de ce qu’il jugeait être un grand paradoxe. La France qui aujourd’hui ne veut comprendre l’Amérique est également la patrie de l’écrivain qui l’a le mieux compris.
Je ne saurais que vous conseiller d’aller lire l’ouvrage auquel il fait référence, De la Démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, 1831. C’est non seulement intéressant, mais surtout incroyablement actuel.
"Lorsque l’inégalité des conditions est la loi commune de la société, les inégalités les plus marquées ne frappent pas le regard ; mais quand tout est presque au même niveau, les plus légères sont assez marquées pour le blesser. Il en ressort que le désir d’égalité devient plus insatiable à mesure que l’égalité est plus complète."
"Une association politique, industrielle, commerciale ou même scientifique ou littéraire, est un citoyen éclairé et puissant qu’on ne saurait plier à volonté ni opprimer dans l’ombre, et qui, défendant ses droits particuliers contre les exigences du pouvoir, sauve les libertés communes."
"Ce qu’il faut craindre, ce n’est pas tant la vue de l’immoralité des grands que celle de l’immoralité menant à la grandeur. Dans la démocratie, les simples citoyens voient un homme qui sort de leurs rangs et qui parvient en peu d’années à la richesse et à la puissance ; ce spectacle excite leur surprise et leur envie : ils recherchent comment celui qui était hier leur égal est aujourd’hui revêtu du droit de les diriger. Il s’opère ainsi je ne sais quel odieux mélange entre les idées de bassesse et de pouvoir, d’indignité et de succès, d’utilité et de déshonneur."
13:59 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : liberalisme, USA, anti-americanisme, Tocqueville, politique, science-politique
11.09.2006
Ma Chine infernale
Des vacances étaient nécessaires, vraiment !
J’aimerais pouvoir vous dire que je suis un homme nouveau mais, d’une part, je suis le même homme en moins fatigué, et, d’autre part, je me suis tellement renouvellé que parler d’un nouveau moi me semble un peu dérisoire, et, enfin, homme nouveau ça évoque quand même les vacances au Cambodge de Vergès et ses copains, les colonies de vacances sibériennes et les activités récréatives du président Mao, vous ne m’en voudrez donc pas de ne pas utiliser ce terme (le premier qui me fait remarquer que je l’ai en fait utilisé 2 fois déjà se prend une lettre d’insultes Vietnam style).
Bref, soyons un peu sérieux et parlons de la Chine. Pour résumer, les chinois sont beaucoup moins petits (et surtout bien plus gros) que ce que l’on pourrait penser et Pékin beaucoup plus grand que ce que l’on voudrait espérer. Pour vous donner une idée, une ville comme Chaville pourrait tenir à l’intérieur du Palais d’été. Non pas que Chaville soit une grande ville, mais bon, c’est tout de même édifiant. J’ai d’ailleurs été édifié tout plein par Pékin, j’avais un peu peur en arrivant, mon expérience des capitales communistes m’ayant un peu refroidi, mais, découvrant la cité impériale, j’ai agréablement réalise que contrairement au Vietnam, la Chine ne fait plus partie du Tiers-monde, et merci bien.
Grandes avenues propres, magasins, relative discrétion des rabatteurs pour prostituées, absence des arnaqueurs à moto, espace, partout espace, beaucoup trop d’espace.
A Pékin, il existe une grande tradition de trompe l’oeuil, il s’agit des cartes et plans. Même si 2 rues et 3 centimètres séparent la station de metro de votre destination vous voila parti pour 30 minutes de marche, c’est assez déroutant au début. L’espace se manifeste partout, depuis les grandes avenues de plusieurs kilomètres bardées d’arbres jusqu’aux dédales de vieilles ruelles qui sont en voie d’extinction. Il (l'espace donc) se retrouve même à l’intérieur des sites touristiques comme la Cité Interdite et le Palais d'été. Mais il n’est jamais aussi présent que sur la plus grande place du monde, Tien An Men qui est trop vaste pour etre honnète. Ceci dit c’est plus facile d’y faire manoeuvrer les chars, et, pour les manifestations obligatoires de soutien spontané aux grands leaders charismatiques c’est quand même plus pratique que de faire ça place Plumereau (je n’ai rien contre la place Plumereau, au contraire, mais force est de constater que pour y adorer un leader mégalomane, c’est pas l’idéal)
Bien entendu, vous aurez fait la part d’interprétation nécessaire sur ma prose de ci-dessus et vous avez compris que j’ai passé d’excellentes vacances, que j’ai pris grand plaisir à revoir des amis et que j’ai pris de belles photos. Mon cynisme naturel et ma nature râleuse ne doivent pas vous détourner de ce message. Certes je râle et je critique, mais j’ai toujours trouve qu’il était plus facile d’écrire avec du vitriol qu’avec du miel. Le jour ou j’aurai vraiment du talent j’écrirai des textes à la Lorie, en attendant, je continue à faire du Nick Cave (je ne suis pas sur que ma comparaison soit des plus judicieuses, quelque part j’ai l’impression d’avoir opère un gros sophisme, quel malheur ! Un malheur de sophisme en quelque sorte,…) !
Une nouvelle fois bref, ma semaine chinoise fut excellente, merci à Faby et Florent (le discrédit lyonnais) pour leur accueil, à J3G pour avoir encaissé mes vannes à longueur de visite et aux chinois pour avoir été plus humains que les hanoiais.
Me voila d’attaque pour mon dernier « tour of duty » vietnamien, replongeant la rage au cœur dans les tranchées administratives ou les clients s’enterrent, évitant au mieux les shrapnells d’injures et les couches de napalm racistes. La fin est proche, et la semaine dernière m’a montré que la vie peut aussi être agréable en Asie. Je vous laisse avec quelques photos et un grand sourire, la vie peut être belle.
PS: Vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus
15:01 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
