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27.07.2006

Thanks Boss !

Il y’a un grand mystère dans ma vie. Quand je dis mystère j’exagère a peine, je sais que Gracian est contre l’exagération donc je fais de mon mieux pour tempérer mes instincts, je pense néanmoins que le mot est justifié. Mais, même si j’exagère a peine, j’exagère quand même un petit peu, ne vous attendez pas a un doute existentiel, je suis a peu près sur que mes parents sont bien mes parents et je ne suis pas vraiment sur la piste du trésor des Templiers (notez bien que je le regrette).

 

 

Je me rends compte qu’en plus d’exagérer, je suis également malhonnête, ou pervers au possible puisque depuis 5 lignes je vous parle d’un mystère sans avoir mentionné un seul mot de celui-ci. Les choses que l’on peut faire avec du rien, c’est fascinant. En plus, je pourrais continuer des heures a gnoser sur ce mystère avant que de vous en faire part. Mais revenons donc a ce mystère, il est finalement assez simple : Comment est il possible que j’aime Bruce Springsteen ?

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Comprenez bien, il n’y a pas plus snob que moi ! Je préfère New York à Los Angeles, Boston à New York et Cambridge à Boston (et encore, Cambridge pas tous les coins,…) Plus que snob, je suis aristocratique, je m’aime en bourgeois décadent et éduqué, je prends plaisir à me savoir un privilégié financier et intellectuel, j’ai même fait un blog a la gloire de ma culture élitiste ! Et pourtant, le chanteur qui m’émeut le plus est un prolo du New Jersey,… A n’y rien comprendre,… Dans un grand élan freudien, je dirais volontiers que cela est de la faute de mon papa, c’est lui qui a laisse traîner à la maison l’album qui a change ma vie, The River. Depuis cet album je traîne ce paradoxe de goût comme une tache de cambouis sur un costume 3 pièces. Merci papa,…
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Que voulez vous, le pouvoir d’évocation des chansons du Boss fonctionne de manière inespérée chez moi. Quand il raconte l’histoire des jeunes amoureux rattrapés par la réalité dans la chanson titre de The River, je vois la scène se dérouler devant mes yeux, No wedding day smiles, no walk down the aisle, ne flowers, no wedding dress,… Bruce raconte plus qu’il ne chante, il fait partie de cette tradition de storytellers qui vous font vivre leurs chansons. La phrase citée plus haut est si simple et pourtant elle déplace des images sur cette cérémonie de mariage forcé qui me prend aux entrailles à chaque fois et qui me force à siffler très faux pour accompagner l’harmonica du refrain.

 

Tenez, je ne résiste pas à l’envie de vous la donner en entier cette chanson, la poésie des mots est suffisante pour se passer du vocal, même si c’est évidemment mieux avec.

 

 

I come from down in the valley

Where mister when you are young,

They bring you up to do

What your daddy’s done

Me and Mary we met in high school

And she was just seventeen

We drove out of this valley

Down the way the fields were green

We go down to the river

And into the river we dive

Oh down to the River

Then I got Mary pregnant

And Lord that was all she wrote

And for my nineteenth birthday

I got a union card and a wedding coat

We went down to the courthouse

And the judge put it all to rest

No wedding day smiles

No walk down the aisle

No flowers, no wedding dress

 

That night we went down to the river

And into the river we dived

Down to the river we did ride

 

I got a job working construction

For the Johnston company

But lately there ain’t been much work

On account of the economy

And all them things that seemed so important

Well mister they vanished right into the air

I just act like I don’t remember

Mary acts as she don’t care

But I remember this night in my brother’s car

Her body tan and wet, down at the reservoir

And then on them banks I’d lie awake

And pull her close to hear each breath she takes

Now those memories come back to haunt me

They haunt me like a curse

Is a dream a lie when it doesn’t come true?

Or is it something worse?

That sends me down to the river,…

 Je suis impuissant en effet pour ce qui est de résister à Bruce, je ne peux m’empêcher de siffler, de chantonner dans ma barbe ses chansons sombres et de hurler (très faux) les refrains des morceaux d’énergie pure qu’il a commis. Au pouvoir d’évocation, Bruce ajoute en effet le souffle lyrique, le cri de révolte ou plutôt de liberté qui oblige a chanter avec lui. Tramps like us, Baby we were born to run! Ou encore, Everybody’s got a hungry heart.

 

 

 

Même si je suis à des années lumière du boss, des ouvriers et petits commerçants qui vont flamber à Atlantic City et des histoire de fille-meres mariées à 18 ans,  j’entends ces deux chansons et je m’identifie, je sens presque le vent sur mon visage.

                                       

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 Le mot est lâché, moi l’aristo esthète, je m’identifie aux chansons du working class hero ! Je comprends les souvenirs qui reviennent de Glory Days, je ressens la frustration amusée de Sherry Darling, j’imagine la nostalgie de My Hometown, et j’ai plus d’une fois senti l’urgence et le besoin d’une étincelle qui ressort de Dancing in the Dark. Au passage, si vous reconnaissez la demoiselle qui dance avec Bruce dans le clip je vous dirai bravo !

 

 

 

 

 

 

Oh et puis tant pis, je me moque de ce mystère, j’adore Bruce Springsteen, son nouvel album ou il revisite des classiques folk et country est génial (The Seeger Sessions, a acheter), son album sur le 11 septembre (The Rising) reste la seule production artistique valable traitant de cette tragédie et lorsque John Cusack a besoin de sagesse dans High Fidelity, qui vient a son chevet ? The Boss ! Elle est peut-être là-dedans la raison, si Bruce vient en aide à mon sosie sur le grand écran, pourquoi ne pas accepter qu’il m’aide aussi ?
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24.07.2006

Héros, homme de cour, politique et bien d'autres

Je voudrais vous parler d’un homme formidable.

Pour ceux qui pensaient que je parlais de moi, je les remercie de leur compliment sur ma valeur ou de leur critique sur ma vanité et je les détrompe en leur expliquant q’il s’agit d’un père jésuite espagnol du Siècle d’or. Cela ne vous avance pas beaucoup effectivement vu que des pères jésuites espagnols du Siècle d’or, il y’en a eu un nombre tout a fait respectable. Vous vous doutez bien que celui dont je veux vous parler ressort du lot.

Son nom ? Baltasar Gracian y Morales, qui conçut un jour le plus étrange dessein jamais imaginé,…

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Ah non, ça c’est un autre, pardon. Baltasar Gracian y Morales donc était jésuite certes, mais il était également écrivain, philosophe, politiste, homme de cour et, pour simplifier, intellectuel. La partie la plus intéressante, et la plus étudiée consiste en ses traités de maximes qui sont autant de conseils adressés aux politiques et aux hommes d'importance. On trouve maintenant ses oeuvres complètes en un seul gros pavé, sous le nom de Traités politiques, esthétiques et ethiques. Un livre qui m'a fait bien de l'usage pendant mon exil asiatique.
 Bien entendu, on n'en lit pas plus de trois ou quatre pages à la fois, de peur d'en perdre une goutte. L'ecriture de Gracian est tellement serrée, tellement ciselée que chaque mot à son importance. Quand on sait que chaque maxime occuppe deux ou trois pages maximum, on a une idée de l'intensité intellectuelle du monsieur.

On peut séparer deux trilogies dans l’œuvre de Gracian. La première regroupe El Heroe, El politico, El Discreto (le Héros, le Politique, l’Homme Universel) qui constituent un guide de comportement politique public et moral de l’Homme moderne sous formes de maximes. Un quatrième ouvrage couronne la trilogie, Oraculo Manuel y Arte de Prudencia (l’Homme de Cour) en compilant et complétant les ouvrages précédents, 300 maximes qui dressent le portrait d’un homme qui excellera dans son monde.

 

 La seconde trilogie est elle composée des 3 livres du Criticon, roman picaresque et poétique qui cache sous son style et son pretexte romanesque (qui inspirera Robinson Crusoe), un propos philosophique teinté de pessimisme (qui inspirera Schopenhauer). Pour ce post je me cantonnerai aux maximes devant guider la conduite de l’honnête homme, d’une part parce que c’est plus utile et d’autre part parce que je n’ai pas encore fini le Criticon,…                                            

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Revenons donc aux maximes, comme je l’ai dit, elles donnent un mode d’emploi à l’homme qui veut réussir. On y trouve des conseils de société : « Se rendre impénétrable sur l’étendue de sa capacité », « Parler comme le vulgaire mais penser comme le grand » et, étant donne que ce type de maxime est le plus souvent utilisé, on pourrait conclure que Gracian est un Machiavel espagnol, prodiguant aux courtisans castillans ce que le florentin prodiguait aux Médicis dans le Prince. La conclusion serait toutefois hâtive,… En effet, si l’on peut croire être en présence d’un simple guide du courtisan, on oublie alors que Gracian est un moraliste avant tout. Ses conseils ont pour but d’aider les hommes de « génie et de savoir » a atteindre leur plus haut potentiel, a en faire des ministres efficaces et diligents, a assurer leur postérité et corriger leurs défauts, en bref, a réaliser la dernière maxime de l’Homme de Cour : Etre saint.

CCC ENFIN, ETRE SAINT.

"C'est dire tout en un seul mot. La vertu est la chaîne de toutes les perfections, et le centre de toute la félicité. Elle rend l'homme prudent, attentif, avisé, sage, vaillant, retenu, intègre, heureux, plausible, véritable, et héros en tout. Trois S le font heureux: la santé, la sagesse, la sainteté. La vertu est le soleil du petit monde, et a la bonne conscience pour hémisphère. Elle est si belle, qu'elle gagne la faveur du ciel et de la terre. Il n'y a rien d'aimable qu'elle, ni de haïssable que le vice. La vertu est une chose tout-à-bon, tout le reste n'est qu'une moquerie. La capacité et la grandeur se doivent mesurer sur la vertu, et non pas sur la fortune. La vertu n'a besoin que d'elle-même, elle rend l'homme aimable durant sa vie, et mémorable après sa mort."

 

 

Loin de l’amoral florentin, le génial jésuite, bien qu’il eut des problèmes avec l’Eglise durant toute sa carrière et échappa de peu a une condamnation pour hérésie, réussit a concilier efficacité politique, morale exigeante et gloire divine. Une prouesse qui a elle seule justifie que l’on se penche sur ses œuvres.

  

                                                                 
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Voila qui conclut cette introduction a Baltasar Gracian, je reparlerai de ce moraliste plus tard plus en détail, a moins d’une levée de boucliers contre lui, après tout, la maxime XL de l’Homme de Cour est bien de « se faire aimer de tous ».

21.07.2006

Captatio benevolentiae (du moins je l'espere)

Bienvenue,

Avant toute chose, il faut bien entendu que je vous explique le pourquoi de ce blog, son objet plutôt. De quoi vais-je parler ? Comment vais-je faire ? Et surtout pourquoi ?

Je vais parler de tout et je vais parler de moi mais surtout je vais parler de ce que j’aime.

Je vais en parler bien, je vais en parler de manière amusante et surtout je vais en parler de manière intéressante.

Je vais en parler parce que j’en ai envie, je vais en parler parce que je veux améliorer mon style, mais surtout je veux en parler par ce que j’ai envie de vous le faire découvrir.

Bien entendu, ces rapides réponses n’ont pas dévoilé grand-chose, je vais tacher alors de vous éclairer un peu plus, tout du moins sur la première question, de quoi vais-je parler ? Principalement, je vais parler de moi, après tout c’est le principe de l’ego-blog, cependant je ne pense pas vous parler de ce que je fais, ou de ce qui m’arrive. Je n’aime pas tenir un compte de mes journées. Je vais, par contre, vous parler de ce que je pense, de ce que je vois, de ce que j’écoute et de ce que je lis. Il est même possible que je vous parle de ce que je ressens, mais très vite ce que je ressens sera détourné vers un livre, un film, une chanson, et un certain nombre de réflexions et théories. Il est évidemment possible que vous soyez plus intéressés par les réflexions de Gracian et d’Eco que par les miennes auquel cas je vous demanderai un peu de clémence.

Je pense que c’est plus clair non ? Pour ce qui est du comment, je vous l’ai dit, je ferai des efforts. Des efforts de style d’une part, je me relirai, me corrigerai, me peaufinerai (ce que je n’ai pas l’habitude de faire) dans le but d’améliorer mon écriture. Par ailleurs, toujours comme je vous l’ai dit, je tacherai d’être drôle, j’ai conscience que cette introduction est sérieuse ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, je vous promets fort peu solennellement que la suite sera plus fantaisiste que ce soit en fond ou en forme.

 

Nous voici a la fin de ce début de blog, je vais maintenant chercher un premier sujet a vous jeter en pâture, en attendant je vous souhaite une bonne journée.

 

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