30.06.2008

Luttons contre l'age de la tragédie

Second concept que je t’offre afin que tu puisses t’entortiller le cerveau dessus, oh lecteur mon unique amour, le désespoir poli.

Le désespoir poli est en réalité la forme ultime du dandysme. C’est un haussement d’épaules généralisé envers le monde qui nous entoure, mais en infiniment plus classe. C’est répondre à une demoiselle qui vous plait beaucoup mais qui vous annonce qu’elle a quelqu’un dans sa vie, que ce « quelqu’un » a beaucoup de gout.

 

Gatsby pratiquait il le désespoir poli ? Je n’en suis pas sur,… S’il est l’une des incarnations modernes du dandy, je ne pense pas qu’il soit dans le désespoir, au contraire, au long de son roman il cherche à reconquérir Daisy, lorsqu’il se résigne à l’échec, il meurt, guère de correction dans son désespoir je trouve. Bref, le désespoir tranquille est le dernier refuge du loser qui refuse d’associer pathétique et faute de gout. Ce n’est pas parce que l’on mène une vie risible et lamentable que l’on doit en adopter le ton. Le manque de fond de ma vie est tel que je ne puis me préoccuper que de la forme, après l’art pour l’art, voici l’élégance comme pied de nez à une année pourrie.

 

Attention, quand je parle d’élégance, je ne sous-entends pas le recours à des chemises de chez Azzedine Alaya, ou des sous-pulls de chez Yoji Yamamoto ! Je veux plutôt parler de citer Kundera lorsqu’un désagrément survient. C’est vrai quoi, l’âge de la tragédie ne peut être vaincu que par une révolte de la frivolité ! Petite satisfaction en cette période de merde donc, la découverte de Kundera (dont je ne connaissais auparavant que le théâtre). La lecture de l’Immortalité, avec l’usage de figures de la culture occidentale pour illustrer ses thèses, le tout dans un style délicat et baignant dans une intelligence frappante, voila qui m’aide dans la voie du désespoir poli !

 

On parle de politesse du désespoir pour designer l’humour. Je pense qu’il faut plutôt remonter cette expression à l’envers. Je pense que la politesse, l’élégance au sens large, est l’humour du désespoir. L’attachement dans les moments les plus sombres à tout cet ensemble de conventions, de règles et de convenances, cela renvoie aux mécanismes du rire qu’exposait Bergson, non ? Pour lui, humour provient essentiellement de décalages, d’oppositions entre la rigueur et le mouvement. Confronter au désespoir la superficialité d’une éducation bourgeoise et feutrée, n’est ce pas la le comble de l’humour bergsonien ?


Ceci étant dit, je me suis rarement autant ennuyé qu’en lisant Bergson,…

Ah si, petite correction Hautetfort bugge et m'empeche de te soumettre images et sons pour accompagner ma prose,... Pauvre de toi lecteur, pauvre de toi !

 

23.06.2008

Si la violence ne règle rien, c’est que tu ne frappes pas assez fort !

Ah lecteur, fidèle lecteur, compagnon de mes joies comme de mes peines, de mes enthousiasmes et de mes haines. Lecteur donc, as-tu déjà pensé au déséquilibre dans notre relation ? Tu es toujours la pour moi, toujours disponible pour m’écouter, me lire,… Je peux te laisser sans nouvelles durant des mois, des années et revenir vers toi sans que tu bronches, sans que tu ne dises mot. D’ailleurs tu ne dis point mot, tu te tais et tu m’écoutes déblatérer. C’est très laid comme mot déblatérer d’ailleurs, bref.

marc_aurele.jpg

 

Mais à l’inverse, j’ai beau t’ouvrir mon esprit et mon âme, à défaut de cœur on ouvre ce qu’on peut, tu restes pour moi un mystère lecteur. Tu te préserves, tu restes drapé dans ton silence, dans cette discrétion qui t’honore, me fascine et me frustre.

 

Nos échanges sont asymétriques donc, personnellement cela ne me pose aucun problème. Continuons comme cela puisque nous sommes heureux, ou que nous ne sommes pas malheureux, de toutes manières cela finira bien par aller ! Oui, je profite de ce post pour te présenter mon nouveau concept philosophico-éthique. Je n’en suis pas peu fier, je l’ai nommé « fatalisme optimiste », à défaut de trouver une expression plus heureuse,…

 

Bref, le fatalisme optimiste repose sur la conviction que, malgré tous nos efforts pour nous assurer du contraire, les choses finiront par aller mieux. Evidemment c’est plutôt un concept que l’on développe lors des phases de déprime, mais on peut s’y référer à tout moment : il suffit de se résigner à ce que les choses s’arrangent. J’imagine que l’instinct de survie présent en chaque individu est le fondement de cette « résignation ». A de très rares exceptions prés, les êtres humains ont plutôt une appétence pour le bonheur, d’une manière ou d’une autre, ils s’éloignent de ce qui les rend malheureux. Cela peut prendre un peu de temps, cela peut être douloureux et nécessiter des choix, mais on n’a rien sans rien.

 

Puisqu’il n y a pas d’autres alternatives à long terme, soyons donc heureux ! Je ne voudrais pas tomber dans l’épicurisme de bas étage, encore moins dans le stoïcisme pour lequel je n’ai aucun gout. Je prends juste mon temps pour avancer sur le chemin de la rédemption qui est encore long je pense, encore une fois, l’intérêt n’est pas la destination, mais le voyage en lui-même. J’arrête ici sinon ca va devenir solennel comme du Grand Corps Malade, et étant donné la manière dont il s’est fourvoyé avec l’équipe de France, je préfère éviter d’être associé à tel fiasco.

 

estelle_denis_et_raymond_domenech_reference.jpg

 PS : Quand en prime je pense qu'un loser (au sens propre du terme) peut etre avec une jolie fille comme ca,...

11.06.2008

In vino veritas, et si t'es pas content, c'est pareil !

Wikipédia définit le vin comme une boisson alcoolisée obtenue par la fermentation du raisin. J’imagine que ca doit être correct, mais tu ne m’empêcheras pas de penser lecteur, que c’est un peu limité comme définition. Déjà tu ne m’empêcheras pas de le penser parce que ca me ferait mal que tu m’empêches de penser quoique ce soit, jusqu'à preuve du contraire c’est moi qui décide seul de ce que j’ai le droit de penser ou quoi. Ensuite, tu ne m’empêcheras pas de penser que c’est un peu court comme définition parce que c’est un peu court comme définition. Le premier qui me sort qu’on ne l’empêchera pas de penser que c’est un peu court comme remarque, je le maudis.

 

Bref, avant que je ne sois obligé de m’interrompre pour prévenir tes excès de mauvais esprit, lecteur, je te disais, ou j’allais te le dire, c’est pareil, que le vin ne peut-être résumé au simple produit de la fermentation du vin. Sinon, pourquoi ne pas définir la littérature comme des taches d’encre sur du papier relié ? La encore la définition aurait beau être correcte, elle n’en serait pas moins affreuse.

 

raisin.jpg

Le vin donc c’est le produit de la vigne, mais c’est avant tout le produit de la terre. Allons plus loin dans les syllabes et disons même qu’il s’agit du produit du terroir (pas au sens Maité ou J-P Coffe du terme, mais au sens parcellaire). Soit, le vin est le produit de la fermentation du raisin. Mais le raisin lui est le produit d’un terroir, c'est-à-dire d’une terre, d’un sol, d’un climat, d’un environnement. C’est le granit des sols qui va donner son gout de pierre à fusil au Sancerre et à quelques grands Rieslings. C’est de l’ensoleillement que va dépendre le caractère charpenté des rouges du Sud-ouest. Ce sont enfin les terroirs originaux (de notre point de vue) ou poussent des cépages classiques (toujours de notre point de vue) qui donnent leur intérêt aux vins du Nouveau Monde.

 

Le vin c’est donc avant tout le produit de la terre, mais c’est après tout le produit du travail des hommes. Il n’y a rien de plus humain que le vin, finalement. C’est un travail exigeant, que ce soit dans l’entretien des vignes, la partie « agricole du travail », la cueillette ou dans la partie vinicole, la confection, la vinification, l’éventuel assemblage,… J’oublie, volontairement ou pas, un certain nombre de taches, l’idée n’est pas ici de donner un cours que je n’ai de toutes manières pas le droit de donner. Le vin est un travail, c’est un art, c’est une tache humaine qui s’inscrit dans la durée.

 

sauternes.jpg

D’ailleurs le vin, c’est le produit du temps. Avec le temps va tout s’en va, mais avec le temps vient aussi l’évolution du gout. Un champagne commencera sa vie avec des aromes d’agrumes avant de prendre de l’ampleur vers les fruits secs, pour éventuellement finir sur des notes rares de pain d’épice ou de brioche,… Mmmm, la brioche,…

 

Enfin, pour moi le vin c’est l’échange. Un vin a plus de gout lorsqu’il est partagé entre amis, entre gens de bonne société et de bonne compagnie. Le vin est social dans le sens ou il est un sujet de conversation valable. Dans son cas, il est légitime et nécessaire de discuter des gouts et des couleurs. Observer la couleur, échangeant avec son voisin les qualificatifs poétiques devant la décrire : brique, tuile, ambre, or,… Echanger les impressions des premiers et seconds nez, se défier dans la recherche des aromes, attaque, milieu de bouche, finale,… Le vin a de toutes manières un trop joli langage pour que l’on n’en parle pas.

 

vignes_tracteur.jpg