17.07.2009

A tale of two Cities

“It was the best of times, it was the worst of times, it was the age of wisdom, it was the age of foolishness, it was the epoch of belief, it was the epoch of incredulity, it was the season of Light, it was the season of Darkness, it was the spring of hope, it was the winter of despair, we had everything before us, we had nothing before us, we were all going direct to Heaven, we were all going direct the other way—in short, the period was so far like the present period, that some of its noisiest authorities insisted on its being received, for good or for evil, in the superlative degree of comparison only.”

 

 

 “It is a far, far better thing that I do, than I have ever done; it is a far, far better rest that I go to than I have ever known.”

 

Entre ces deux passages, tu trouveras, lecteur, l’un des plus beaux romans jamais écrit. Tu peux me faire confiance, Dickens est le plus grand écrivain de langue anglaise, comme tu l’imagines, cela influe de manière positive sur la qualité du roman. Une élégance de la formulation, un sens aigu du dialogue, une alternance de tons et de niveau de langage qui ne se départit jamais d’humour, voila Dickens dans sa merveilleuse et complexe simplicité.

 

Le style est important, je te l’ai déjà dit, plusieurs fois, mais il ne fait pas tout. Si ce roman me parle et me fascine, c’est pour l’un de ses personnages qui ironiquement, est le moins dickensien de tous les protagonistes de ses œuvres.

Sidney Carton est un personnage rond, tous les autres héros dickensiens sont plats. Scrooge n’est qu’avare, Lucie Manette n’est qu’une dégoulinante et sirupeuse boule d’amour et de tendresse, Charles Darnay est un roc caricatural d’honnêteté mal placée,… Je pourrais lister encore bien des personnages. En fait je pourrais tous les citer, tous sauf Sidney Carton.

 

Pour moi Sidney c’est l’incarnation de la rédemption. C’est aussi, toujours pour moi hein, le plus grand amoureux de toute la littérature. Plus que ce benêt de Roméo, que les empotés des chansons de geste ou que les bellâtres d’Harlequin, Sidney Carton incarne l’amour dans ce qu’il a de plus pur et de plus sublime. Pour obéir à l’adage qui veut qu’on distingue mieux la clarté à la lumière de l’obscurité, sachez que Sidney est en fait l’anti-Fernando Mondego (l’un des méchants du Comte de Monte-Cristo pour les incultes). La ou Fernando est transformé en monstre de jalousie lorsque sa dulcinée en aime un autre et fait en sorte d’envoyer Edmond Dantès en prison, Sidney, éperdument amoureux de Lucie Manette, va faire exactement le contraire.

 

Je ne vais pas te dire ce qu’il a fait lecteur, ca serait trop simple. D’ailleurs tu ferais mieux d’aller lire Dickens que de trainer ici dans ce blog futile et mal écrit. Oui, va donc lire Dickens, tu sauras pourquoi ce bon Sidney me plait tant, et même s’il ne te plait pas à toi et bien tu auras au moins lu un livre de premier ordre.

Enfin, dans le cas, légitime et probable, ou tu serais paresseux lecteur, et ce n'est pas moi qui peut te reprocher ce travers, tu pourrais te contenter de lire l'incipit du roman au début de ce post. Je crois que c'est l'un des plus beaux, des plus maitrisés paragraphes de la littérature anglo-saxonne. Bref, le début du roman est magnifique dans son foisonnement, la phrase finale est magnifique par sou dépouillement, et ce roman est fabuleux dans son ensemble. Ceci étant dit, la traduction francaise, "Le Marquis de Saint-Evremonde" n'a aucun interet.

Allez, en vous remerciant, bonsoir !

28.04.2009

Chemins de traverse

Il a des films qui font peur, d’autres qui font rêver, pleurer ou réfléchir. Il y en a qui restent en tète et qu’on mentionne pour faire bien. Il y en a qui alimentent depuis des années des diners de leurs répliques. Il y en a qui lancent des carrières ou qui les achèvent. Il y en a aussi qui font passer un bon moment ou renvoient à des souvenirs plus ou moins bien enfouis. Bien sur aucune de ces catégories n’est exclusive des autres. Il y en a enfin qui donnent soif, et c’est d’un de ceux la dont je voudrais parler.


podcast

J’ai revu récemment Sideways en DVD. C’est un excellent film. Lorsque je l’avais vu pour la première fois, j’avoue qu’un contexte particulier et surtout particulièrement doux m’avait empêché d’y porter toute mon attention. Point de distraction cette fois ci et, je le répète, c’est un excellent film. Un point de départ assez simple, deux amis partent pour une semaine de vacances sur la route des vins californienne à l’occasion de l’enterrement de vie de garçon de l’un d’eux.

C’est amusant comme cette situation pourrait se retrouver dans plusieurs types de films de la comédie crétine genre American Pie au psychodrame narcissique. Ici on est à la croisée des deux extrêmes. Les deux amis sont en effet d’une part un acteur ringard érotomane bien décidé à jeter sa gourme une dernière fois avant son mariage et d’autre part un écrivain raté et dépressif, récemment divorcé et fondamentalement malheureux.

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Situation relativement classique de buddy movie avec le ressort comique principal qui repose sur l’opposition de ces deux amis. Ils partent donc pour une semaine de vacances, boivent du vin, jouent au golf, rencontrent des nanas et s’engueulent. Bon c’est sur, raconté comme ca, le film perd un peu de substance, mais je vous assure ca n’est pas facile à résumer un film ou il ne se passe rien de fondamental. Si Sideways reste plaisant, c’est principalement grâce aux quatre acteurs principaux : Paul Giamatti, le Billy Cristal italo-américain, Thomas Haden Church, qui fait très bien les acteurs has been, Sandra Oh, avant Grey’s Anatomy et Virginia Madsen, merveilleuse Virginia Madsen.

Le déroulement de la trame oscille entre le très moral et le foncièrement amoral. Le pécheur est puni de manière spectaculaire mais passagère, il finit par s’en sortir, et plutôt bien d’ailleurs. Le dépressif lui continue de payer, rien ne lui est épargné et il touche le fond en buvant tout seul un Cheval Blanc 1961, tout seul, dans un verre en carton, au fast food, tout seul. Je ne sais pas si on peut y voir une allégorie, mais le calice est littéralement bu jusqu’à la lie.

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Globalement ces gens discutent en buvant du vin. Il y a des tirades extrêmement longues à la gloire du cépage Pinot Noir (principal cépage rouge de Bourgogne, cultivé aux USA principalement en Oregon) au point que les ventes de vin issu de ce cépage ont augmenté aux USA de manière significative. Sideways est un film qui donne soif, en le revoyant j’ai pris la décision de reprendre des cours d’œnologie. Mais c’est aussi un film sur la dépression, sur l’engagement, sur l’amour,… Bref sur plein de sujets qui s’accommodent très bien d’un ou de plusieurs verres de vin. Je vous laisse, j’ai un Château Carbonnieux 1983 à décanter.

19.04.2009

Plus aléatoire la vie

Oh lecteur mon lecteur, que tu te prénommes Hannibal ou non, merci de me lire avec l’assiduité qui te caractérise. Ecrire un blog ca suppose une certaine dose d’exhibitionnisme, ou au minimum de narcissisme. Dans mon cas, je pense que c’est un peu des deux. Si j’écris c’est pour savoir ce que je pense, quand ca reste dans la tête ca tourne trop et on en fait rien. En anglais il y a un terme « self-conscious », j’imagine qu’on pourrait le traduire par « conscience de soi », mais je trouve que ca ne rend pas justice au concept. Quelqu’un qui est self-conscious c’est quelqu’un qui s’observe, qui se juge, qui se rend compte qu’il n’est pas à l’aise, pas bon, qu’il pourrait mieux faire,… Finalement c’est une sorte de narcissisme dans le sens ou c’est s’intéresser à soi-même.

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Bref toujours est il que ce regard intérieur ce n’est pas toujours agréable, ca pousse à être rarement content, parfois déprimé, souvent un peu chiant. Se poser des questions ca n’est jamais facile, surtout quand les réponses ne sont pas évidentes. Longtemps j’ai trainé une certaine forme de mélancolie frôlant souvent et tombant parfois carrément dans la dépression, longtemps j’ai cru que c’était relativement circonstancié : solitude, pas de nana, sentiment d’être moche, d’être handicapé social,… Rien que de très classique finalement. Plus récemment j’en arrive à penser que c’est beaucoup plus structurel que ca, je pense que ca n’est qu’une vague angoisse métaphysique. Ce monde fait peur, il n’a pas forcément de sens, ce n’est pas facile d’y trouver sa place, d’y avoir une utilité.


podcast

Je pense qu’être humain c’est rechercher un sens, une transcendance, quelque chose qui structure notre vie. Nous vivons des vies bornées (au sens littéral) et nous n’aspirons qu’à l’infini. Je pense que c’est la source de ma mélancolie, je n’arrive pas à trouver de sens, j’ai parfois la sensation de présenter au monde un haussement d’épaules général. Quelque part se dire que c’est plus un problème métaphysique qu’autre chose rend les choses plus aisées. Enfin ca rend la question plus supportable, ca n’apporte pas de réponse. On retombe sur le divertissement pascalien, le détachement humaniste, le positivisme marxiste ou hégélien ou même l’absurde le plus complet.

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Pas forcément de sens transcendant à la vie donc, juste une succession d’actes qui n’ont de signification que pour eux même. Par exemple, mardi soir, je rentrais chez moi vers minuit, remontant la rue du Faubourg Saint-Antoine (tu vas croire lecteur que je passe mon temps dans cette rue). En sens inverse arrivaient trois jeunes filles suivies par un vendeur de fleurs, elles négociaient au rabais des roses. Après les avoirs croisés, j’ai fait demi-tour, rattrapant les jeunes filles et le vendeur et j’ai offert trois roses aux trois promeneuses avant de reprendre ma route.

 

C’était un acte complètement aléatoire, aujourd’hui encore je ne peux pas vraiment le rationaliser, d’ailleurs je n’en ai pas envie. J’espère juste ne pas leur avoir fait trop peur,…

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