28.04.2009
Chemins de traverse
Il a des films qui font peur, d’autres qui font rêver, pleurer ou réfléchir. Il y en a qui restent en tète et qu’on mentionne pour faire bien. Il y en a qui alimentent depuis des années des diners de leurs répliques. Il y en a qui lancent des carrières ou qui les achèvent. Il y en a aussi qui font passer un bon moment ou renvoient à des souvenirs plus ou moins bien enfouis. Bien sur aucune de ces catégories n’est exclusive des autres. Il y en a enfin qui donnent soif, et c’est d’un de ceux la dont je voudrais parler.
J’ai revu récemment Sideways en DVD. C’est un excellent film. Lorsque je l’avais vu pour la première fois, j’avoue qu’un contexte particulier et surtout particulièrement doux m’avait empêché d’y porter toute mon attention. Point de distraction cette fois ci et, je le répète, c’est un excellent film. Un point de départ assez simple, deux amis partent pour une semaine de vacances sur la route des vins californienne à l’occasion de l’enterrement de vie de garçon de l’un d’eux.
C’est amusant comme cette situation pourrait se retrouver dans plusieurs types de films de la comédie crétine genre American Pie au psychodrame narcissique. Ici on est à la croisée des deux extrêmes. Les deux amis sont en effet d’une part un acteur ringard érotomane bien décidé à jeter sa gourme une dernière fois avant son mariage et d’autre part un écrivain raté et dépressif, récemment divorcé et fondamentalement malheureux.

Situation relativement classique de buddy movie avec le ressort comique principal qui repose sur l’opposition de ces deux amis. Ils partent donc pour une semaine de vacances, boivent du vin, jouent au golf, rencontrent des nanas et s’engueulent. Bon c’est sur, raconté comme ca, le film perd un peu de substance, mais je vous assure ca n’est pas facile à résumer un film ou il ne se passe rien de fondamental. Si Sideways reste plaisant, c’est principalement grâce aux quatre acteurs principaux : Paul Giamatti, le Billy Cristal italo-américain, Thomas Haden Church, qui fait très bien les acteurs has been, Sandra Oh, avant Grey’s Anatomy et Virginia Madsen, merveilleuse Virginia Madsen.
Le déroulement de la trame oscille entre le très moral et le foncièrement amoral. Le pécheur est puni de manière spectaculaire mais passagère, il finit par s’en sortir, et plutôt bien d’ailleurs. Le dépressif lui continue de payer, rien ne lui est épargné et il touche le fond en buvant tout seul un Cheval Blanc 1961, tout seul, dans un verre en carton, au fast food, tout seul. Je ne sais pas si on peut y voir une allégorie, mais le calice est littéralement bu jusqu’à la lie.

Globalement ces gens discutent en buvant du vin. Il y a des tirades extrêmement longues à la gloire du cépage Pinot Noir (principal cépage rouge de Bourgogne, cultivé aux USA principalement en Oregon) au point que les ventes de vin issu de ce cépage ont augmenté aux USA de manière significative. Sideways est un film qui donne soif, en le revoyant j’ai pris la décision de reprendre des cours d’œnologie. Mais c’est aussi un film sur la dépression, sur l’engagement, sur l’amour,… Bref sur plein de sujets qui s’accommodent très bien d’un ou de plusieurs verres de vin. Je vous laisse, j’ai un Château Carbonnieux 1983 à décanter.
21:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film, vin
19.04.2009
Plus aléatoire la vie
Oh lecteur mon lecteur, que tu te prénommes Hannibal ou non, merci de me lire avec l’assiduité qui te caractérise. Ecrire un blog ca suppose une certaine dose d’exhibitionnisme, ou au minimum de narcissisme. Dans mon cas, je pense que c’est un peu des deux. Si j’écris c’est pour savoir ce que je pense, quand ca reste dans la tête ca tourne trop et on en fait rien. En anglais il y a un terme « self-conscious », j’imagine qu’on pourrait le traduire par « conscience de soi », mais je trouve que ca ne rend pas justice au concept. Quelqu’un qui est self-conscious c’est quelqu’un qui s’observe, qui se juge, qui se rend compte qu’il n’est pas à l’aise, pas bon, qu’il pourrait mieux faire,… Finalement c’est une sorte de narcissisme dans le sens ou c’est s’intéresser à soi-même.

Bref toujours est il que ce regard intérieur ce n’est pas toujours agréable, ca pousse à être rarement content, parfois déprimé, souvent un peu chiant. Se poser des questions ca n’est jamais facile, surtout quand les réponses ne sont pas évidentes. Longtemps j’ai trainé une certaine forme de mélancolie frôlant souvent et tombant parfois carrément dans la dépression, longtemps j’ai cru que c’était relativement circonstancié : solitude, pas de nana, sentiment d’être moche, d’être handicapé social,… Rien que de très classique finalement. Plus récemment j’en arrive à penser que c’est beaucoup plus structurel que ca, je pense que ca n’est qu’une vague angoisse métaphysique. Ce monde fait peur, il n’a pas forcément de sens, ce n’est pas facile d’y trouver sa place, d’y avoir une utilité.
Je pense qu’être humain c’est rechercher un sens, une transcendance, quelque chose qui structure notre vie. Nous vivons des vies bornées (au sens littéral) et nous n’aspirons qu’à l’infini. Je pense que c’est la source de ma mélancolie, je n’arrive pas à trouver de sens, j’ai parfois la sensation de présenter au monde un haussement d’épaules général. Quelque part se dire que c’est plus un problème métaphysique qu’autre chose rend les choses plus aisées. Enfin ca rend la question plus supportable, ca n’apporte pas de réponse. On retombe sur le divertissement pascalien, le détachement humaniste, le positivisme marxiste ou hégélien ou même l’absurde le plus complet.

Pas forcément de sens transcendant à la vie donc, juste une succession d’actes qui n’ont de signification que pour eux même. Par exemple, mardi soir, je rentrais chez moi vers minuit, remontant la rue du Faubourg Saint-Antoine (tu vas croire lecteur que je passe mon temps dans cette rue). En sens inverse arrivaient trois jeunes filles suivies par un vendeur de fleurs, elles négociaient au rabais des roses. Après les avoirs croisés, j’ai fait demi-tour, rattrapant les jeunes filles et le vendeur et j’ai offert trois roses aux trois promeneuses avant de reprendre ma route.
C’était un acte complètement aléatoire, aujourd’hui encore je ne peux pas vraiment le rationaliser, d’ailleurs je n’en ai pas envie. J’espère juste ne pas leur avoir fait trop peur,…

15:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, rose, narcisse
10.04.2009
Parisianisme, bétise ou erreur logique ?
Tout est histoire de représentation. Ca fait un an et demi que j’habite Paris après bien des pérégrinations banlieusardes ou étrangères. Est-ce que je suis parisien donc ? Est-ce que je l’étais déjà avant quand j’habitais le 92 ? Ironiquement, j’ai beau habiter Paris, je travaille maintenant dans le 92, c’est bête hein ?

Bref, un élément de réponse m’a été apporté par une amie allemande (comme quoi, tout arrive). Elle m’avait invité à sa pendaison de crémaillère (ce qui était gentil de sa part, et qui prouve encore une fois que tout arrive). Rendez-vous était donné au 50 bis avenue Jean Jaurès (qui aurait voté front national, mais ceci est une autre histoire) pour huit heures. A l’heure dite, car oui lecteur, je suis affreusement ponctuel, j’arrive devant le 50, et la, problème, pas de 50 bis. Je m’interroge sur l’erreur d’adresse. J’appelle, je l’interroge sur l’erreur d’adresse. Elle me répond que non, mais que c’est bien 50 bis avenue Jean Jaurès, à Boulogne. C’était pas précisé,… Je me suis senti bete.
A priori cette histoire me classe dans la catégorie des parisiens qui ne savent pas ce qu’il y a derrière le périph, non ? Pourtant, je connais le 92, j’y ai habité ! Je connais cette avenue Jean Jaurès à Boulogne, j’y suis passé ! Plusieurs fois ! J’y ai même subi 2 opérations ! Et ca ne m’a pas empêché de tomber dans le panneau,…

Ceci étant, je vis dans le XIeme et j’y suis très bien, je me permettrai toutefois 2 remarques :
- Happy Hour en espagnol, ca ne se dit pas Horas feliz, il faut accorder l’adjectif en espagnol, ca laisse songeur quand à l’authenticité de La Havanita,…
- En rentrant tard le soir, le long de la rue du faubourg Saint Antoine, je suis à chaque fois plongé dans la plus profonde perplexité en voyant des dizaines de personnes faire la queue pour rentrer au Bario Latino. Cette boite est nulle, on y trouve une forte concentration de poufiasse au mètre carré et, en prime, c’est le pire genre de poufiasse : « la poufiasse qui croit qu’elle n’est pas une poufiasse puisque la poufiasse c’est l’autre ».
Ceci étant dit, moi je vais au China Club boire un rhum Old School et j’oublie tout.

19:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris

